Lettre réponse à Lise Ravary

Bégin austérité

Le 7 février, à l’occasion d’une manifestation contre l’austérité à Rivière-du-Loup, Christian Bégin a dit au gouvernement de « manger de la marde ». Le 9 février, il publie une lettre ouverte dans le Journal de Montréal, expliquant ses propos. Il semble que cette lettre n’ait pas convaincu Lise Ravary, qui lui a répondu par le biais de sa chronique, le lendemain. Aujourd’hui, il m’apparaissait important de m’inscrire dans le débat et de répondre à Mme Ravary.

Madame Ravary,

J’ai lu ce matin votre éditorial La gauche champagne, comme j’avais lu Christian Bégin la veille. Je ressors troublé de ces lectures, et surtout, envahi par plusieurs questions. Il m’importait aujourd’hui de vous en faire part.

Je ne connais pas M. Bégin plus que vous ne le connaissez. J’ai reconnu, dans ses propos tenus à la manifestation contre l’austérité, une colère envers l’injustice qui m’habite parfois et que vous partagez probablement vous aussi, même si la cible n’est pas forcément la même. Je crois qu’il a eu depuis l’humilité de reconnaître la méprise de ses mots et que l’on peut comprendre son emportement. Pour ce qui est de sa lettre, je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous en pensez vraiment. Pour ma part, il m’apparaît honnête et légitime de désirer que le peuple soit au cœur des décisions qui le concernent, ce qui n’est malheureusement pas le cas avec l’appareil politique que nous avons actuellement. Je serais curieux de connaître votre opinion sur cette proposition.

Je me demande par ailleurs pourquoi vous peinturez ainsi M. Bégin dans le coin. Vous avouez ne connaître de lui « que ce qu’il montre à son émission culinaire ». Vous ne le connaissez pas, donc. Cela ne vous empêche pas de faire un portrait de lui stéréotypé, concluant ensuite « qu’ainsi présenté, c’est un parfait spécimen de cette gauche bien-pensante qui promène sa juste colère de plateau en plateau […] » M. Bégin devient alors un stéréotype de ces gauchisants égoïstes que vous dites si bien connaître « pour vous être frottée à eux pendant des années ». Il me semble alors que plutôt que de discuter avec lui, vous utilisez l’étiquette que vous apposez à M. Bégin pour servir votre éditorial. Hélas, je crois que l’on passe ainsi à côté du débat.

Je ne comprends pas aussi votre motivation à diviser le monde. M. Bégin est ici démonisé par sa volonté de faire du peuple le maître de lui-même. Votre éditorial s’efforce, il me semble, à extraire M. Bégin du peuple, et à marquer un fossé de préjugés entre les « membres de cette espèce » et ceux qui commandent « un macaroni chinois dans un de ces restos qui annoncent Cuisine continentale et canadienne, licence complète ». Je doute fort que le peuple soit ainsi divisé, et je me demande en quoi cette courte présentation – simpliste si j’ose dire – aide à le démystifier, éclairant vos lecteurs et lectrices sur le débat auquel vous vous prêtez. On retient souvent de Machiavel qu’il vaut mieux diviser pour régner, mais je me demande : sur qui cherchez-vous tant à régner, pour ainsi vouloir diviser le monde?

Je suis ravi de pouvoir, chaque matin avant l’ouvrage, accompagner mon café de lectures qui défendent différents points de vue sur notre monde, et plus spécifiquement sur cette société québécoise que nous forgeons au fil de débats, d’essais et d’erreurs. Je vous lis avec humilité et avec le désir sincère de comprendre votre point de vue. Ainsi, je vous écris aujourd’hui porté par un respect qui, je l’espère, sera le fondement premier de chaque débat, de chaque éditorial que nous écrirons. Nous sommes humains, imparfaits, mais ne perdons pas de temps à tenter de nous détruire, il me semble que la vie offre déjà suffisamment de défis.

J’espère que vous m’aiderez à éclairer les questionnements que votre éditorial a fait naître en moi, et que nous pourrons à nouveau échanger dans l’opposition de nos idées, unis par le respect et le désir mutuel de rendre le monde plus lumineux.

Cordialement,

Yannick Marcoux

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