Vendredis-moi tout

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Crédit photo: Michel Hébert

Évidemment, votre pile de livres à lire déborde sur votre table de chevet, vos amis vous ont parlé de tant de films à voir qu’une fois au club vidéo, votre cerveau sature et vous êtes incapable de vous rappeler ne serait-ce que d’une recommandation. Faisant fi des promesses déjà trop nombreuses que vous vous êtes faites à vous-même de lire ce livre ou de voir ce film, je prends sur moi d’ajouter à cette liste. Par la chronique « Vendredis-moi tout », je m’engage à vous faire saliver l’intellect et vous émoustiller les sens en vous proposant mes récents coups de cœur. Reste à voir si, comme vous, je tiendrai mes promesses.

Dans une salle près de chez vous

Democrats

Democrats

Zimbabwe, 2008. Une élection controversée contraint Robert Mugabe (ZANU-PF), président autocrate depuis l’indépendance du pays en 1980, à former un gouvernement de coalition avec le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Morgan Tsvangirai. En dépit d’un climat qui demeure très tendu, où la violence systémique et des enlèvements ciblés perturbent toujours le quotidien, le gouvernement forme un comité mandaté d’écrire la première constitution du pays. Le documentaire suit les deux leaders de ce comité, Paul Mangwana et Douglas Mwonzora, tous deux avocats et respectivement émissaires du ZANU-PF et du MDC.

La réalisatrice danoise Camilla Nielsson, qui a notamment réalisé des reportages dans des circonstances difficiles en Afghanistan et au Darfour, profite ici d’un accès inouï au processus de négociation. Nous assistons ainsi à une lutte de pouvoir inédite, où Mwonzora fera tout pour profiter de cette fenêtre d’espoir vers la libération de son pays et où Mangwana tentera d’honorer les vœux d’un dictateur tout en se prêtant au jeu de la démocratie. Ils seront tour à tour emprisonnés et menacés de mort, parvenant néanmoins à la signature d’une constitution – ratifiée mais toujours pas honorée par Mugabe –, signant du même élan les premiers traits de leur amitié.

Democrats est un récit essentiel, qui rappelle la difficulté de changer le cours des choses, mais aussi sa possibilité. Saisissant et enlevant, il est le témoignage de tous ces combats menés dans l’ombre, le rappel d’un monde où tous les possibles sont envisageables.

 

Votre prochaine lecture

L'année la plus longue

L’année la plus longue

Les premiers romans nous intéressent parfois pour de mauvaises raisons. Mû par le désir de découvrir un écrivain en herbe, curieux de savoir ce qui habite la nouvelle génération d’écrivains. Avec ce premier roman, Daniel Grenier nous rappelle que même des premiers pas peuvent nous mener très loin.

L’année la plus longue raconte l’histoire du leaper Aimé Bolduc, né un 29 février et investi du pouvoir de ne vieillir qu’une fois aux quatre ans. La proposition est belle et nous fait voyager de Chattanooga à Sainte-Anne-des-Monts, en passant par Québec et Montréal, à cheval sur les grands événements. Tour à tour contrebandier d’alcool, soldat, inventeur et amoureux, Aimé marche dans les pas de la grande histoire, la convoquant pour écrire la sienne, tout aussi grande mais plus secrète. Intime.

Grenier nous offre ainsi une épopée qui se garde de trop de lyrisme, s’appuyant sur les rencontres tendres qui tissent une vie d’homme. Le style y est ample, généreux, mais ciselé et précis, laissant notre imagination divaguer au gré des images, des ambiances et des décors qui peuplent le récit, qui nous font rêver. « Une histoire inoubliable de vies trop courtes et de vies sans fin » : à lire!

 

Redécouvertes

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Il nous semble parfois que les jours manquent d’heures, les heures de minutes et nos nuits, de sommeil. Il nous semble qu’avec une heure de plus ici ou là, on pourrait enfin accomplir de grandes choses. Mais il y a ceux qui, dans le cubicule du temps, y arrivent. Mathieu Gaudet a une triple formation : chef d’orchestre, médecin pratiquant et pianiste émérite, il est un ouvroir temporel, un artiste généreux. Après nous avoir envoûtés par ses récentes propositions de Schumann et Rachmaninov, il nous offre ici une brillante interprétation de Schubert.

Dehors novembre, et pourtant, il fait doux. La brise vous caresse les tempes, retroussant vos tifs. Une pluie tombe en vagues continues, créant un rideau qui semble s’ouvrir et se refermer sans cesse, dans le repos de vos yeux. Inlassable et répétitive, la pluie. Un contemporain vous dirait : voilà un beau .gif. Dans vos oreilles, Schubert. Le maître de votre bien-être, Mathieu Gaudet. Son doigté nous rappelle ici que rien ne presse. Les notes retombent sur vous dans la gravité légère de la danse et vous bercent. Rien ne presse, disais-je, sous l’emprise de Mathieu Gaudet, ouvroir temporel.

Maintenant, allez remplir vos promesses et revenez me dire ce que vous en avez pensé.

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