Journal de quarantaine – Jour #10

Journal de quarantaine #10

Les unions, qu’ossa donne?

Uderzo est mort hier. Je n’en parlerai pas davantage, sinon par le truchement de cet élément de bande dessinée : ce petit nuage menaçant au-dessus de la tête d’un personnage et qui le poursuit, qu’importe où il va. En d’autres mots : une épée de Damoclès. Depuis quelques jours, nous sommes ce personnage. Où que l’on aille, le virus est avec nous, qui nous guette. Certes, il n’y est pas nécessairement physiquement, mais il est dans nos esprits, malveillant et perturbant.

Il est là, sur la manche de notre manteau, sur ces fruits ramenés de l’épicerie, incrusté sous l’étiquette de la bouteille de détergent, sur la branche de notre parapluie ou le poil frisé d’un jouet d’enfant. Peut-être pas. Mais peut-être. Certains.es d’entre nous n’en dorment pas la nuit, et aujourd’hui, j’ai envie de relâcher un peu la tension et d’aborder un sujet en marge des enjeux sanitaires.

Après tout, les mesures en place modifient nos existences et il est faux de penser que rien de tout ça ne demeurera, dans ces lendemains que nous attendons avec impatience. Même si la nostalgie de nos vies ouatées nous prend, il importe de réfléchir à l’avenir. Ainsi, histoire de mettre la table au sujet du jour, mais surtout pour détendre l’atmosphère, voici une succulente vidéo, que vous avez probablement déjà vue, mais qui fait encore beaucoup rire.

https://www.youtube.com/watch?v=Mh4f9AYRCZY

Au moment où les premières mesures sont arrivées, une idée a circulée, certes amusante, suggérant que le télétravail allait mettre en lumière l’inutilité de plusieurs réunions, dont la plupart auraient pu être remplacées par des courriels. Je serais curieux, à l’aune de ces quelques jours de confinement, si cette idée est encore aussi largement partagée. Une réunion, c’est peut-être moins efficace qu’un courriel, mais c’est un moment de partage qui déborde souvent du strict cadre de l’ouvrage. Ça humanise un peu le travail et, incidemment, la vie. Pas mal, surtout quand il n’y a personne à la maison, non?

Je ne suis pas contre le télétravail, au contraire. Par le passé, j’ai eu quelques emplois dits alimentaires – cette façon de nommer un emploi que nous détestons –, et la possibilité de faire du télétravail m’a sauvé la vie. Après tout, je travaillais contre rémunération, avec la volonté d’en finir au plus vite et de filer à la maison, faire la seule chose qui m’importait : écrire. J’adorais mes collègues, mais je maudissais ces échanges triviaux où, plutôt que de boucler mon travail au plus vite, nous commentions notre soirée de la veille ou la pluie et le beau temps. J’aime les gens : c’est la job de bureau que je voulais quitter au plus vite. Dans les circonstances, les gens devenaient un obstacle.

Le télétravail offre de nombreux avantages : il limite les déplacements, réduisant dans l’élan des émissions polluantes, il offre plus de flexibilité à l’employé, permettant notamment une meilleure conciliation travail-famille, et il induit une plus grande autonomie de travail (piocher sous la surveillance de l’employeur n’est pas toujours agréable et motivant). Pour ces raisons, mais aussi parce qu’il permet à l’employeur d’épargner sur des espaces de bureau, le télétravail est de plus en plus commun, une tendance qui sera probablement accélérée aux suites des événements actuels.

J’embrasse cette flexibilité, mais méfions-nous des excès d’une telle pratique. Un lieu de travail commun est une richesse. C’est dans l’informel qu’une équipe crée une synergie. Le travail à la maison est peut-être plus efficace, mais notre attention reste dans un cadre : la tâche à accomplir. La créativité nait bien souvent d’échanges, de moments en-dehors de ce cadre. Sans compter que l’éparpillement des employés crée une atomisation des forces. Tous les employeurs ne sont pas respectueux de leurs employés, et il faut pouvoir se rassembler et échanger pour, en premier lieu, comprendre que notre sentiment est partagé et, ensuite, se donner une force collective pour agir.

Voilà quelques réflexions en vrac, sans dentelle ni trompette, pour préparer le terrain de ce qui s’en vient. Je connais beaucoup de travailleurs autonomes qui sentent le besoin d’aller travailler dans des cafés ou des espaces de travail partagés. Il y a une raison. Nous sommes des êtres grégaires, un fait que la situation actuelle nous rappelle à grands cris.

En espérant que le soleil traverse vos écrans et tire sur les ficelles de vos sourires, je vous donne rendez-vous ici, demain.

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